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Violettes de Saint-Orens ou Violettes de Toulouse ?

19.04.2020 | Pierre Jouffret

 

Vous avez tous remarqué depuis un mois de petites violettes en fleurs dans votre jardin. On les voit souvent en bordure des haies, parfois dans la pelouse mais généralement dans les endroits peu exposés au soleil. Mais, ces violettes de Saint-Orens sont-elles ce qu’on appelle des Violettes de Toulouse et, d’ailleurs, s’agit-il vraiment de Violettes ?

Les Violacées : quels points communs ?

Les violettes et les pensées sont classées dans le même genre botanique, Viola, appartenant à la famille des Violacées. Ce sont des plantes herbacées, vivaces pour la plupart, de petite taille, à feuilles alternes et pétiolées. Les fleurs sont solitaires, parfois parfumées, de couleur généralement bleue à violette. Elles possèdent cinq pétales libres, inégaux, l’inférieur formant une lèvre prolongée par un éperon nectarifère. Le fruit est une capsule s’ouvrant par trois valves et contenant de nombreuses graines.

Violette ou pensée : quelle différence ?

C’est très simple : la différence se situe au niveau de la disposition des pétales

Violette : deux pétales dressés et trois pétales tournés vers le bas.

Pensée : quatre pétales dressés, le cinquième, plus grand que les autres, étant tourné vers le bas. Ensuite, pour déterminer de quelle violette ou pensée il s’agit, il faudra ouvrir ses yeux, une flore ... et regarder de très près la forme des épales, des feuilles, des stipules... !

La délicate violette de Rivin : Saint-Orennaise mais pas « de Toulouse »

Les violacées sauvages que l’on rencontre dans nos jardins sont essentiellement la précoce violette odorante (Viola odorata) et la plus tardive violette de Rivin (Viola riviniana). Sur les bords des chemins ou en sous-bois clairs, on pourra trouver, mais assez rarement, la violette des bois (Viola Reichenbachiana) ou la Violette suave (Viola suavis). Enfin, dans les champs aux alentours, on peut observer fréquemment la pensée des champs (Viola arvensis).

Actuellement, la principale violacée que vous allez observer est une délicate petite violette puisqu’elle a deux pétales dressés et trois tournés vers le sol. Elle se dénomme Violette de Rivin (Viola riviniana).

Elle se plait surtout au pied des haies et des murs, et, dans pelouses plutôt dans secteurs exposés un peu à l’ombre.

Vous pouvez la humer : aucun parfum ...donc, en aucun cas, il ne s’agit bien sûr de la Violette de Toulouse !

Ses principales caractéristiques

Fleur violette portant un éperon large (2.5 mm), légèrement échancré et blanchâtre lavé de violet.

Sépales pointus avec appendice d’environ 2mm de long.

Feuilles en cœur longuement pétiolées avec à la base des stipules portant de fines franges.

Tiges florifères partant de stolons assez ligneux qui courent en surface du sol.

Vous pouvez aussi observer, bien sûr, les pensées des jardins (Viola x wittrockiana) que vous avez plantées cet automne et qui sont encore actuellement en pleine floraison. La pensée des jardins n’existe pas dans la nature et est une plante hybride développée à partir du 19e siècle, surtout à partir de plusieurs espèces d’origine eurasiatique. Elle diffère des espèces sauvages par une taille plus imposante et des fleurs beaucoup plus grosses et très colorés. Toutefois, si on laisse une pensée se ressemer, ce qu’elle fera volontiers, elle tend à reprendre l’apparence d’une pensée sauvage en seulement quelques générations...ce que vous avez sûrement déjà noté. Mais, parlons maintenant de la Violette de Toulouse...

Et la violette de Toulouse ?

Une Violacée pas classique du tout ! Elle se distingue des autres espèces du genre Viola par ses fleurs doubles, de couleur parme avec un cœur blanc, et, ses nombreux pétales très parfumés (de 20 à 50 pétales contre 5 pour les simples violettes). Stérile, elle ne produit pas de graines et se propage uniquement par voie végétative grâce à ses stolons. Ses feuilles, en revanche, cordiformes et luisantes, sont classiques pour une Violacée.

Son nom scientifique est Viola alba subsp. Dehnhardtii. Elle résulterait d’une hybridation entre plusieurs violettes méditerranéenne, aurait été vu dans les jardins du sultan à Constantinople au XVIIIème siècle et serait arrivée ensuite en Italie à Parme. Quoiqu’il en soit-ce n’est pas une fleur sauvage et vous n’avez aucune chance d’en retrouver une dans la nature !

Cultiver de la Violette de Toulouse dans son jardin, c’est possible !

Malgré des efforts de relance depuis les années 1980, avec des recherches en génétique pour éviter la dégénérescence des plantes, seuls quelques producteurs perpétuent la tradition.

Mais, il est toujours possible d’acheter quelques plants pour tenter de l’acclimater dans son jardin. J’avais pour ma part acheté un plant il y a deux ans à un horticulteur lors du Printemps des Plantes à Castanet, et, l’avais mis en place dans un coin ombragé et assez frais. J’ai eu le plaisir d’obtenir cette année (floraison en cours) quelques belles fleurs très parfumées

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Auteur de l’article : Pierre Jouffret